Alfred Pellan à Percé : cartes postales et poésie

Bien des gens savent que la Gaspésie est une région à voir. Pas seulement en raison de ses paysages et de ses gens, mais aussi en grande partie à cause d’artistes de l’extérieur qui ont pris la région comme source d’inspiration pour nourrir leurs œuvres. Et ce faisant, il ont fait découvrir le territoire sous un autre aspect.

André Breton et Alfred Pellan furent de ceux-là, et bien que leur rencontre n’ait rien donné de très tangible – si ce n’est que l’un a durablement influencé l’autre, il reste que la Gaspésie les a profondément marqués, ne serait-ce que de façon différente.

New York, New York

En 1944, André Breton était installé à New York depuis 3 ans pour y fuir le régime de Vichy qui sévissait en France, et aussi pour faire le deuil d’une séparation amoureuse qui fut pour lui fort éprouvante. C’est cette année-là qu’il apprend que les rivages de Percé recèlent des agates en abondance et qu’il décide d’y débarquer au mois d’août pour un séjour de 2 mois, avant de retourner en Europe à la Libération. C’est là qu’il puisera la matière pour écrire Arcane 17, à la fois déclaration d’amour à sa nouvelle compagne rencontrée à New York, roman poétique, essai philosophique, le tout entremêlé d’observations socio-politiques (peu flatteuses envers le Québec de l’époque, paraît-il) et de considérations d’ordre ésotérique (le titre est relié au tarot). Il fera aussi la rencontre inopinée du peintre Alfred Pellan, venu lui aussi glaner de ces fameuses pierres. Celui-ci retournera à Percé en 1949 en voyage de noces avec sa femme Madeleine, où il réalisera des œuvres aussi naïves qu’originales qui feront l’objet d’une exposition au musée Le Chafaud en 2010.

Si Pellan, selon certains témoignages, a eu droit à une réaction plutôt froide de la part de Breton en lui faisant part de son ambition d’allier impressionisme, cubisme, fauvisme et surréalisme[1], cela ne l’a certes pas empêché de devenir un peintre de renommée mondiale, ni le mouvement automatiste dont il fera partie un peu plus tard de marquer d’une empreinte profonde l’histoire de l’art au Québec – avec Paul-Émile Borduas et Fernand Leduc, entre autres. Et bien que je n’aie pas eu la chance de voir l’exposition du Chafaud à l’époque, la magie d’Internet me permettra tout de même de livrer mes impressions sur quelques unes des œuvres qui y furent exposées – et qui évidemment illustreront l’article.

Souvenirs de voyage à la Alfred Pellan

Il s’agit de simples cartes postales du Rocher Percé que Pellan a détournées en y exécutant des dessins de son cru. On peut n’y voir que des graffitis de toilettes publiques pour certaines (moi-même, j’avoue que…), mais ça démontre surtout que l’homme avait un sens de l’humour certain, en plus d’un grand sens de la poésie. Et quand on sait qu’en plus Pellan méprisait l’académisme (contre lequel s’élevait d’ailleurs le mouvement automatiste), ça confirme également qu’il était un homme libre, sinon un artiste profondément original.

Je me rends bien compte que finalement, André Breton n’aura été qu’un prétexte pour écrire quelques impressions sur un artiste québécois qui a dépassé les frontières, et ce que la Gaspésie – Percé particulièrement – lui a inspiré.

Étant Gaspésien moi-même, je ne peux faire autrement qu’en retirer qu’un certain bonheur. De plus, ça tend à rappeler que notre capitale touristique a été le théâtre de certains évènements marquants de notre histoire que ce soit politique (le FLQ) ou culturel, tel un certain Plume Latraverse dans un lieu appelé Maison du Pêcheur qui fera peut-être l’objet d’un autre article. Personnellement, j’ai tendance à penser que ma région fait ressortir des qualités artistiques chez bien des gens.

J’exagère sans doute un peu…

[1] https://www.erudit.org/culture/va1081917/va1160661/53591ac.pdf

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