Les lettres célèbres

Il y a de ces lettres qui passent à l’histoire. Envoyées par amour, par patriotisme, par rancoeur ou par amitié, elles scellent de petits moments dans le temps.

Malgré le boum des communications que nous avons connu depuis l’avènement d’internet, envoyer une lettre a toujours un petit je-ne-sais-quoi de meilleur. On y met un peu de sueur. On envoie avec elle un peu de notre parfum ou le fumet de quelque chose.

Ces lettres témoignent d’un véritable effort. Alors que l’envoi d’un courriel ne prend que quelques secondes, une lettre nécessite un crayon et du papier. Et quand le destinataire est assez spécial pour mériter notre attention, même le choix du papier n’est pas anodin.

Des lettres mémorables

À travers l’histoire, de nombreuses lettres ont été envoyées pour diverses raisons. Et presque tous les personnages qui ont marqué l’histoire avant notre siècle numérique en ont envoyé une. Les lettres de Jean Moulin méritent notre attention. Celles reçues par Louis Riel aussi.

Les lettres ont parfois même fait l’objet de recueils pour des raisons historiques ou romantiques. Il existe par exemple un recueil des lettres missives de Henri IV. Et un recueil des plus belles lettres d’amour intitulé Je vous aime.

Mais il y a aussi des lettres incroyables, arrivées de nulle part. En voici quelques-unes qui sont très intéressantes.

Lettre de Magritte au critique Richard Dupierreux

Richard Dupierreux, né en 1891 et mort en 1957 n’était pas particulièrement friand de surréalisme. Et quand il eut le malheur de voir les oeuvres de René Magritte, il n’eut pas grand chose de bon à en dire au journal Le Soir,  à Bruxelles.

Il y a écrit, par exemple, qu’ « une série d’interventions laborieuses, prétentieuses, enfantines, font appel à une curiosité maladive« .

Il va sans dire que Magritte n’a pas apprécié et a décidé d’écrire une lettre fictive au critique.  Mais plutôt que de se compromettre en la livrant au principal intéressé, il préféra l’envoyer à son correspondant de longue date, Paul Delvaux.

On peut lire dans cette savoureuse lettre :

« Cher Monsieur Dupierreux,

La bêtise est un spectacle fort affligeant mais la colère d’un imbécile a quelque chose de réconfortant. Aussi je tiens à vous remercier pour les quelques lignes que vous avez consacrées à mon exposition.

Tout le monde m’assure que vous n’êtes qu’une vieille pompe à merde et que vous ne méritez pas la moindre attention. Il va sans dire que je n’en crois rien et vous prie de croire cher monsieur Dupierreux en mes sentiments les meilleurs.

Magritte »

Lettre de Renaud Séchan à Mitterand

Renaud est aimable. Nous en avons déjà parlé. Et celui qui affectionnait Brassens affectionnait aussi François Mitterand.

Il connaissait bien sa famille, a inauguré le Zénith avec lui en 1984 et a donné des concerts en son honneur. Il a même insisté pour voir le retour de Mitterand sur la scène politique en 1987.

Ils ont eu leurs différends politiques et Renaud n’a pas toujours voté pour lui, mais il a toujours démontré un profond respect à ce François qui l’avait traité comme un fils. Il lui a dédié une chanson : Tonton. Il a même dédié une chanson magnifique à son chien : Baltique.

Chaque fois que Renaud lançait un nouvel album, il en envoyait une copie à Mitterand. Peut-être par respect, peut-être pour le rassurer rapidement et lui montrer qu’il n’y parlait pas de sa fille née en secret, Mazarine.

Le président, en retour, lui envoyait de courts messages de remerciement du type : « Cher Renaud, l’envoi de votre disque et le petit mot qui l’accompagnait m’ont beaucoup touché. Je suis toujours très sensible aux sentiments d’estime que vous voulez bien me témoigner« .

Bref, c’est au beau milieu de cette relation que Renaud a décidé de lui réitérer son appui par écrit.

La lettre est incomplète, mais elle méritait notre attention, ne serait-ce que pour cette histoire de chapeau.

« Cher François, je suis en vacances sur mon bateau en Guadeloupe et je ne sais pas ce qui m’a pris ce soir : j’étais énervé, il y avait des moustiques, j’ai eu envie de vous écrire. (…)

À part ça, tout baigne. Je suis en train d’écrire les chansons de mon prochain album qui seront d’une impertinence rare, car ma vision du monde et des hommes est devenue aussi sombre que votre chapeau, au demeurant fort beau.

Je voterai encore pour vous malgré tout, car mon âme de gauche est indulgente et parce que je vous aime bien.

Renaud»

Les lettres de Marie-Antoinette à son amant

Marie-Antoinette n’a peut-être pas été reconnue pour l’amour qu’elle vouait à son mari. Son frère, Joseph II, parlait d’ailleurs de leurs problèmes intimes dans une autre lettre où il disait :  » Dans son lit conjugal, il  a des érections fort bien conditionnées, il introduit le membre, reste là sans remuer deux minutes peut-être, se retire sans jamais décharger, toujours bandant, et souhaite le bonsoir ».

Ce pourquoi Marie-Antoinette est reconnue, par contre, c’est son amour notoire pour le comte Axel de Fersen, un Suédois. Elle lui vouait un amour qui lui faisait écrire des choses magnifiques.

Les dessous des lettres de Marie-Antoinette

Évidemment, elle ne pouvait pas écrire comme ça dans le dos du roi. Ses lettres étaient donc codées selon un système qui nécessitait un code connu par eux seuls et un mot-clé qui changeait à chaque message.

On suppose que ce mot-clé était difficile à partager. Les amoureux se les passaient probablement en les cachant dans des meubles ou des vêtements.

Certains passages restent encore à être décryptés dans les lettres du comte parce qu’elles ont été raturées, mais on sait que Marie-Antoinette a écrit « Rien au monde ne pourra m’empêcher de vous adorer jusqu’à la mort ».

Existe-t-il quelque chose de plus romantique que les lettres codées d’un amour interdit?

Lettre de Hunter S Thompson au Vancouver Sun

Le grand Hunter S. Thompson n’avait pas l’habitude de mettre des gants blancs. Celui qui inventait le journalisme gonzo en trainant avec les Hell’s Angels n’avait que faire du décorum. Et ce trait de caractère ne disparaissait pas comme par magie quand il postulait pour un emploi. C’est pourquoi il s’est permis d’envoyer la lettre suivante au Vancouver Sun pour leur offrir ses services.

« Monsieur,

Je me suis bien amusé en lisant l’article que le magazine Time a publié cette semaine à propos de The Sun. En plus de vous souhaiter la meilleure des chances, j’aimerais vous offrir mes services.

Puisque je n’ai pas encore vu le « nouveau » Sun, je vais devoir faire une offre provisoire. Je me suis mis dans la merde la dernière fois que j’ai accepté un travail pour un journal à propos duquel je ne connaissais rien (voir les découpures de presse ci-jointes) et je ne suis pas tout à fait prêt à me lancer de nouveau dans un projet à l’aveuglette.

Au moment où vous recevrez cette lettre, j’aurai trouvé quelques exemplaires récents de The Sun. À moins qu’ils ne soient totalement sans intérêt, mon offre tiendra toujours. Et n’allez pas croire que mon arrogance soit involontaire. Je préfère vous offenser maintenant qu’après avoir commencé à travailler pour vous.

Je n’ai pas été assez clair avec l’homme qui m’a engagé la dernière fois jusqu’à ce que j’aie l’emploi. C’était comme si le Marquis de Sade travaillait soudainement pour Billy Graham. Il me détestait, bien sûr, et je n’avais que mépris pour lui et pour tout ce qu’il représentait. Si vous lui demandez, il vous dira que je ne suis pas très aimable, que je hais les gens, que je veux seulement être laissé tranquille et que je me sens trop supérieur pour me tenir avec les gens normaux. (C’est une citation tirée du mémo qu’il a envoyé à l’éditeur.)

Rien de tel que d’avoir de bonnes références.

Les découpures jointes devraient vous donner une idée de qui je suis. Elles datent d’il y a un an, cependant, et j’ai un peu changé depuis. J’ai suivi des cours d’écriture à Columbia dans mes temps libres, j’ai beaucoup appris au sujet de la presse et j’ai développé un sain mépris pour la profession de journaliste.

À mon avis, c’est une honte qu’un domaine aussi dynamique et vital que le journalisme soit envahi par les mouchards, les clochards et les profiteurs, accablés de myopie, d’apathie et de complaisance, et généralement coincés dans une médiocrité stagnante. Si c’est ce que vous essayez d’éviter pour le Sun, alors je pense que je voudrais travailler pour vous.

Mon expérience tient surtout à l’écriture sportive, mais je peux tout écrire, de la propagande belliciste à des critiques littéraires.

Je peux travailler 25 heures par jour si nécessaire, vivre avec un salaire raisonnable, et je n’ai rien à foutre de la sécurité d’emploi, des politiques de bureau, ou des relations publiques difficiles.

Je préférerais être au chômage plutôt que de travailler pour un journal dont j’ai honte.

Cordialement,

Hunter S. Thompson »

Lettre de Marge Simpson à Barbara Bush (et vice versa)

En 1990, Barbara Bush, la femme de George Sr., a dit en entrevue que les Simpsons étaient la chose la plus stupide qu’elle avait jamais vue.

Marge Simpson, en bonne mère de famille, lui a donc répondu qu’elle faisait de son mieux pour élever des enfants polis, dans le respect des valeurs chrétiennes américaines.

Elle lui a expliqué dans cette lettre qu’elle ne savait pas comment expliquer aux enfants que la Première Dame les trouvait stupides avec tout ce qu’elle voyait à la Maison Blanche.

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Bonne joueuse, madame Bush a répondu à Marge dans une courte lettre d’excuses. Elle y a écrit qu’elle respectait sa pensée (bien qu’elle ignorait qu’elle en avait une!), en ajoutant qu’Homer était un bien bel homme.

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Tout ça est très drôle!

Des lettres partout

Bien sûr il existe des milliers d’autres lettres fascinantes. Certaines ont été écrites par des gens importants, d’autres par des ouvriers.

Quelqu’un a d’ailleurs déjà trouvé une lettre dans le mur d’une maison qu’ils venaient d’acheter. Ce mur avait été construit pour cacher une planche à repasser encastrée et la lettre disait « Voulez-vous bien me dire pourquoi vous avez détruit mon beau mur? ».

Et vous, avez-vous déjà trouvé de belles lettres? Ou connaissez-vous d’autres lettres qui passeront à l’histoire?

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