Enfant de la balle: une expression qui rebondit

On aime bien remonter aux origines de nos expressions langagières, alors j’en ai une de plus à vous proposer pour votre curiosité et la mienne.

Cette fois, je me penche sur les origines de « enfant de la balle ».

Nous avons tous entendu cette expression qui désigne un fils ou une fille exerçant le même métier que ses parents. (À noter qu’il semble que ça s’applique surtout à la sphère artistique, comédien(ne)s et chanteurs/chanteuses surtout.)

J’entends la question qui vous occupe l’esprit: qu’est-ce qu’une balle vient faire là-dedans?

J’y arrive.

Jeu de raquette ou de scène?

Une première explication est que l’expression proviendrait du jeu de paume. C’est un jeu de balle qui se pratiquait beaucoup chez les nobles français du 17ème siècle – d’abord avec des gants et ensuite avec des raquettes, et qui serait l’ancêtre du tennis. À l’époque, on appelait « enfant de la balle » le fils d’un joueur auquel personne n’osait se mesurer tellement il était adroit.

Mais là ou se rapproche des arts, c’est qu’à la même époque, les représentations théâtrales avaient souvent lieu dans les espaces où se pratiquait le jeu de paume. Donc, le sens de cette expression découlerait à la fois de la fonction première des lieux, mais aussi du fait que là aussi, fils et filles de comédiens exerçaient le même métier que leurs parents. Bel exemple de coup double, si vous voulez mon avis…

Aparté

Juste pour dire que le jeu de paume lui-même est à l’origine d’autres expressions telles que: épater la galerie, qui va à la chasse perd sa place… Et qui ne sont pas de mon propos pour cette fois. Mais je vous conseille par contre de suivre attentivement nos prochaines parutions.

Emballez la marchandise!

Au cours de mes recherches, j’ai bien dû constater que les sports et les arts ne sont pas seuls en cause.

On attribue aussi l’origine de cette expression aux marchands ambulants. Parce que les marchandises se trouvaient dans des emballages appelées balles, mais aussi parce ces marchands utilisaient l’expression pour désigner un des membres de leur confrérie, souvent regroupés en associations.

Faire bonne impression

Le milieu de l’imprimerie est aussi évoqué. Bien avant l’arrivée des rouleaux encreurs, les imprimeurs se servaient de… balles, encore une fois. En fait, des tampons faits le plus souvent en peau de chien qui servaient à encrer les formes. Et comme là encore, les ouvriers encreurs avaient un paternel qui avait été lui-même typographe…

De bons exemples

Mais avec le temps, cette expression est devenue de plus en plus liée au milieu artistique. Et vous pensez bien que je ne vais pas me priver d’évoquer quelques exemples connus. 

Pensons à Renaud et Thierry Séchan, dont le père était romancier. Ou à Charlotte Gainsbourg. Et bien sûr, Thomas Dutronc. Et chez nous, pensons à Mireille Deyglun, Sophie Faucher ou Léane Labrèche-Dor.

Par ailleurs, un des romans les plus connus de John Irving s’intitule Un enfant de la balle et se passe en grande partie dans le milieu du cirque. Et Eddy Constantine a consacré une chanson fort sympathique aux tribulations d’un de ces enfants, avec ses hauts et ses bas.

Pour conclure

Et voilà un tour d’horizon bien rempli (j’espère) sur les origines d’une expression fort poétique. Et comme la langue française en comporte de nombreuses autres, ce ne sera pas l’inspiration qui devrait me manquer.

Merci, et au prochain article.

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