Variations autour d’un collier

Cet rubrique langagière sera placée cette semaine sous le signe de l’effort, puisque je vais parler entre autres de « reprendre le collier« .

Et non, il ne s’agit pas d’un cambrioleur voulant récupérer un ornement échappé par mégarde en quittant les lieux de son forfait – au risque de se faire pincer. Il s’agit en fait de reprendre un effort là où il a été interrompu. Et bien que les deux situations ne soient pas plus évidentes l’une que l’autre, je m’en tiendrai à la seconde si vous voulez bien…

En faisant mes petites recherches sur cette expression, il m’est venu à l’esprit que celle-ci peut aisément être considérée comme une métaphore « chevaline ». C’est en effet de ce côté qu’il faut chercher pour déterminer au mieux son origine.

Variation 1: protection et traction

Au XVIIIème siècle, les chevaux étaient utilisés pour tirer des charges diverses. Que ce fut des carrosses, des diligences, ou des charrues pour le labourage. Dans tous les cas, on les revêtait de harnais auxquels étaient reliés véhicules et instruments.

Et, chose importante, tout harnais comportait un collier, pièce désignée ainsi depuis le XIIIème siècle selon mes sources. Il était destiné à la fois à réduire le frottement du harnais sur la peau de l’animal, et à aider à répartir sa traction et ainsi faciliter ses efforts.

Variation 2: tirer pour avancer

Ainsi, « reprendre le collier » peut tout bonnement signifier le moment où on remet le harnais au cheval pour une autre journée de travail. Cependant, on note qu’il en est sorti une autre expression qui la prolonge: « donner un coup de collier« . Et qui reste associée de près au domaine chevalin, surtout des chevaux de trait comme on va le voir.

En effet, quand la charrue butait sur un obstacle – une pierre ou une racine, le paysan devait faire s’arc-bouter sa bête par à-coups pour arriver à vaincre la résistance, d’où cette expression.

Ainsi, le « coup de collier » en est-il venu à représenter le supplément d’effort pour mener un travail à bien. Et puisqu’on est dans les chevaux, on parle aussi de « coup de l’étrier« . Mais comme celle-ci a plutôt rapport avec l’alcool, ce sera pour une autre fois!

Variations 3 et 4: plier ou s’affirmer?

Il existerait aussi un autre prolongement à cette expression: « reprendre le collier de la misère« . Évoquant ici l’aspect pénible du travail des chevaux sous leur harnais, qu’on assimilerait à un instrument de torture, on l’emploie ici pour dire que l’on se met en ménage. Je vous laisse imaginer le reste…

À l’inverse, on trouve aussi « franc du collier« . Celle-là désigne un animal qui tire sans rechigner sur sa charge. Avec le temps, elle en est venue à désigner une personne qui donne son avis de manière directe, sans arrière-pensée.

Et ça me donne une belle occasion de terminer cet article sur une note encourageante, tout en soulignant qu’un simple mot comme « collier » peut être plus riche en significations qu’on pourrait le penser.

Comments

Laisser un commentaire