À la claire fontaine: libertinage ou patriotisme?

Les chansons traditionnelles les plus anodines en apparence, cachent souvent toute une histoire. Et À la claire fontaine, une romance de regret amoureux ayant servi de chanson de marche et même de chant patriotique, est une de celles-là.

D’abord, on dit que la chanson aurait été écrite entre les XVe et XVIIIe siècles. J’aurais pu être plus vague, mais ça m’aurait embêté de vous faire perdre votre temps en plus du mien. Aussi, concentrons-nous un peu sur ses auteurs probables et ses origines.

Retour à l’envoyeur

Selon l’ethnomusicologue Marius Barbeau, elle serait due à la plume d’un jongleur de rue du XVe ou du XVIe siècle. Et il est fort probable que la chanson provienne de la région de la Normandie. Selon le journaliste James Huston, cette chanson était déjà fort répandue en Nouvelle-France à l’époque de Champlain, où on la désignait sous son titre le plus connu, ou encore En revenant des noces.

Toujours selon Huston, l’air était largement repris par les soldats du premier gouverneur de la colonie. Et aussi par les explorateurs de l’époque qui, on le sait, ont découvert de vastes parties de l’Amérique, de la Nouvelle-Angleterre jusqu’au Mississippi. Cela peut expliquer le rythme de marche caractéristique de la version que l’on connaît le mieux de nos jours.

Pour couronner le tout, cette version développée au Québec (qui ne s’appelait pas encore ainsi) est celle qui est la plus en usage en France, où elle fut publiée en 1848. C’est le regretté Marc Robine, qui a enregistré de nombreuses anthologies de chansons françaises traditionnelles, qui a relevé ce détail.

Avec des antécédents pareils, il est normal qu’À la claire fontaine se soit taillé une place de choix dans le répertoire folklorique et populaire de la chanson d’ici. Jusqu’à devenir quasiment un hymne national, comme on le verra bientôt.

Parmi les trésors nationaux

Les Patriotes ont en effet utilisé la chanson comme chant national lors de la révolte de 1837. Et un peu plus de 40 ans plus tard, l’Association Saint-Jean-Baptiste de Montréal la désignait parmi les airs nationaux des Canadiens-Français, aux côtés de Auprès de ma blonde et de Aux marches du palais, pour ne nommer que celles-là.

Mais comme tout chant traditionnel qui se respecte, celui-ci a aussi sa part d’allusions plus ou moins cachées. Le plus souvent à caractère sexuel…

Un peu de sens (pas si) caché

Celle qui saute immédiatement aux oreilles est évidemment le « bouquet de rose ». Et si on remplace « bouquet » par « bouton », un peu d’imagination suffit pour deviner qu’on parle ici d’une représentation du sexe féminin. D’où on conclut qu’il s’agit de la complainte d’un amoureux éconduit par sa belle qui lui a refusé ses faveurs.

Ajoutons à ça que le rossignol est dans les chansons anciennes une représentation de l’amour. Et que l’élément liquide est une image qui désigne couramment l’intimité féminine. Ça donne quelque chose d’assez salace, finalement!

C’est ce qu’a sans doute compris Georges Brassens quand il proposa sa propre variation de cette chanson sur son album Les trompettes de la renommée.

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C’est ce qui conclut pour moi un nouveau chapitre des mystères de la chanson traditionnelle. Et il demeure toujours aussi plaisant pour moi de voir qu’une chanson en apparence banale, recouvre bien plus de choses qu’on pourrait en deviner au premier abord.

Je vous souhaite une bien belle semaine, et chantez comme et autant que vous voulez.

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