À toute seigneure, tout honneur. Aujourd’hui, nous survolons les premiers personnages féminins qui ont marqué l’univers de la BD.
La première femme – à ma connaissance – à évoluer dans le milieu de la BD francophone, a aussi créé la première anti-héroïne de cet univers. Il s’agit bien sûr de Claire Brétécher et de son personnage Cellulite.
Cellulite
C’est en juin 1969 qu’elle fait son apparition dans les pages de l’hebdomadaire Pilote. Il s’agit d’une princesse vivant dans un château et cherchant le prince charmant… Malheureusement, elle est dotée d’un physique ingrat, de « complexes qui ont des complexes » et vivant avec un père âpre au gain et érotomane. Le tout dans un Moyen Âge de carton-pâte.
Rien pour faire penser à un conte de fées, quoi. Et la lecture des deux albums de cette série montre que le tout pourrait se situer quelque part entre Papa a raison et Beautés désespérées. Avec la dérision en plus.
En plus, l’auteure réussit avec ce personnage le tour de force de défendre le féminisme tout en en montrant les travers. À pionnière, pionnière et demi – pourrait-on dire. Bien joué, Claire Brétécher.
Il s’agit d’une des séries-phares de Spirou, avec 26 albums publiés depuis 1970 chez Dupuis.

Natacha
Créée entre autres par François Walthéry au dessin, cette hôtesse de l’air se distingue bien sûr par son allure des plus sexy, mais aussi par sa débrouillardise et un côté volontaire jamais pris en défaut. Sans compter son caractère très affirmé qui fait qu’elle n’hésite pas à remettre à leur place les mâles un peu trop entreprenants, y compris son partenaire Walter.
Bref, une femme forte qui a une place bien à elle sur la planète BD. Au moins autant que celle qui va suivre.

Valérian
Autre série marquante, Valérian propose en 23 albums publiés chez Dargaud depuis 1970, un univers de science-fiction avec un commentaire social évident, mais qui a le mérite de ne jamais être didactique. C’est Jean-Claude Mézières (dessin) et Pierre Christin (scénario) qui ont créé cette série dans les pages de Pilote en 1967.
Si c’est le héros qui donne son titre à la série, sa compagne Laureline en est bien une protagoniste à part entière. Modèle même de la femme de tête, elle est le contrepoids de son compagnon et n’Hésite pas à le remettre à sa place quand son impétuosité l’emmène trop loin.

Adèle Blanc-Sec
Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec est la série qui a fait connaître son créateur Jacques Tardi comme un incontournable de la BD. Elles seront éditées dès 1976 chez Casterman et publiées en feuilleton dans le magazine (À suivre).
Son héroïne est une écrivaine de profession, évoluant dans un univers des plus étranges situé à Paris au début du XXème siècle, entre science-fiction, occultisme et polar. Elle doit résoudre de nombreuses énigmes, souvent au risque de payer de sa personne.
Ce qui la caractérise? Un caractère quasi-impossible, une grande perspicacité, et une méfiance viscérale envers les institutions. Ce qui en fait à mon sens bien un des rares héros anarchistes connus à ce jour.
Luc Besson a tenté d’adapter cet univers au cinéma en 2010 – avec bien peu de bonheur, paraît-il.

Carmen Cru
Retour aux anti-héroïnes. Un cas assez sévère, en plus.
Avec son vélo démantibulé, son cageot en osier sur le porte-bagage, son paletot et son bonnet misérables et son visage ravagé, elle a tout pour attirer la sympathie, voire la pitié. Du moins jusqu’à ce qu’elle parle ou agisse.
Elle est en fait amère, rigide, profiteuse et a vraiment le don de rendre la vie impossible à son entourage qu’elle peut rendre fou furieux, ou amener carrément au bord de la dépression. Le tout rendu avec un trait des plus évocateurs, assez proche de l’expressionnisme.
Bref, une authentique mégère, sorte de cousine éloignée de Tatie Danielle dont l’apparente fragilité fait qu’on ne se méfie jamais assez d’elle. Ce qui peut aller jusqu’à soûler un enfant au vin chaud… ou provoquer une catastrophe ferroviaire!
C’est Jean-Marc Lelong qui a créé ce personnage, apparu pour la première fois en 1981 dans les pages de Fluide Glacial. Huit recueils ont été publiés, et le personnage a fait l’objet de deux intégrales depuis le décès tragique de son créateur en 2004.
Voilà. Pour ceux et celles qui avaient encore à être convaincus que les femmes ont leur place dans la BD, j’espère que cet article fera le travail. Et pour les autres pour qui cela allait de soi, même chose. Je vous salue jusqu’au prochain papier et à bientôt.
Journaliste et mélomane
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