Chaque automne, les arbres se couvrent de jaune, d’orange et de rouge, juste à temps pour les randonnées, les photos et la cueillette des pommes. On accuse souvent le froid de ce changement brutal. Pourtant, la véritable histoire est un peu plus compliquée.
Au Québec, il suffit parfois de tourner le coin d’une rue pour tomber sur un érable flamboyant. L’arbre qui n’intéressait personne en juillet devient soudain la vedette du quartier. On le photographie, on ramasse ses feuilles. Trois semaines plus tard, on de lamente en sortant le râteau.
Mais pourquoi les feuilles changent-elles de couleur? En réalité, les arbres ne cherchent ni à décorer nos paysages ni à annoncer l’ouverture des vergers. Ils préparent leur hiver. Le spectacle est seulement une conséquence de ce grand ménage saisonnier.
Le vert cachait bien son jeu
Pendant le printemps et l’été, les feuilles travaillent. Grâce à la chlorophylle, elles captent l’énergie lumineuse nécessaire à la photosynthèse, qui permet de fabriquer des sucres à partir de l’eau et du dioxyde de carbone. Et ça, presque tout le monde le sait. La chlorophylle absorbe particulièrement certaines longueurs d’onde rouges et bleues, mais beaucoup moins le vert. Voilà pourquoi les feuilles nous paraissent vertes.
Sauf que la chlorophylle n’est pas seule dans la feuille. Il s’y trouve aussi des caroténoïdes, pigments jaunes et orangés présents durant l’été, mais masqués par le vert dominant.
Lorsque les journées raccourcissent, l’arbre commence à ralentir ses activités et à récupérer une partie des éléments contenus dans ses feuilles. La chlorophylle se dégrade et n’est plus remplacée au même rythme. Les jaunes et les orangés deviennent alors visibles.
Le bouleau n’a donc pas attendu octobre pour fabriquer son jaune. Il fallait que le vert lui laisse la place, comme l’expliquent les jardins botaniques de Kew.
Et le rouge?
Le rouge a une histoire différente. Chez plusieurs espèces, notamment certains érables, il provient des anthocyanes, des pigments qui peuvent être produits en plus grande quantité à l’automne. Ce sont des proches parents des pigments responsables de la couleur de certains fruits, dont les bleuets et les raisins foncés.
Leur fabrication dépend notamment de la lumière et des sucres présents dans les feuilles. C’est pourquoi un arbre peut parfois présenter des feuilles rouge vif du côté ensoleillé et des teintes plus jaunes à l’ombre. Deux branches, deux ambiances.
Les scientifiques s’intéressent encore aux fonctions exactes de ces pigments. L’une des hypothèses est qu’ils contribuent à protéger les tissus contre un excès de lumière pendant que l’arbre récupère des nutriments avant l’hiver. Le rouge a peut-être aussi son utilité.
Et non, tous les érables ne deviendront pas rouges. Leurs pigments, leur espèce et leurs conditions de croissance influencent leur apparence. Un érable à sucre peut mêler le jaune, l’orange et le rouge sur un même arbre.
Il ne suffit pas d’une nuit froide
On entend souvent dire que le froid fait rougir les feuilles, mais en fait, non. Le raccourcissement des journées constitue un signal important dans la préparation de nombreux arbres à l’hiver. La température intervient également, mais elle ne commande pas seule la coloration.
Les journées ensoleillées et les nuits fraîches, sans gel marqué, peuvent favoriser des couleurs éclatantes chez certaines espèces. À l’inverse, une sécheresse importante, des vents violents ou un gel précoce peuvent écourter le spectacle. Un arbre stressé peut aussi perdre ses feuilles avant d’avoir eu le temps de nous offrir son plus beau .
La latitude, l’altitude et la météo locale comptent. Une montagne des Laurentides et une rue abritée de Laval ne suivent pas nécessairement le même calendrier.
Le mélèze n’a pas reçu le mémo
Il faut également parler du mélèze. Les conifères gardent leurs aiguilles, le mélèze, lui, a décidé que non.
Chaque automne, ce conifère se couvre d’aiguilles jaune doré, puis les laisse tomber. Il peut alors avoir l’air d’un sapin qui traverse une période difficile, mais tout va bien. Arbres Canada le présente d’ailleurs comme l’un des rares conifères qui perdent leurs aiguilles à l’automne.
À l’inverse, certains chênes et hêtres conservent une partie de leurs feuilles brunes pendant tout l’hiver, particulièrement lorsqu’ils sont jeunes. Ce phénomène s’appelle la marcescence. Les feuilles sont mortes, mais elles restent accrochées aux branches. Pourquoi? On évoque notamment une protection contre les herbivores, sans certitude.
Il y a donc les arbres qui se déshabillent à l’automne, ceux qui gardent leurs aiguilles et ceux qui conservent leurs vieux vêtements jusqu’au printemps. On trouve tous les caractères dans une forêt.
Au Japon, on chasse les feuilles
Les Québécois ne sont pas les seuls à sortir en forêt pour voir des arbres changer de couleur. Au Japon, cette activité porte un nom : momijigari, qu’on traduit habituellement par « chasse aux feuilles d’automne ». Comme quoi l’amour des Japonais pour leurs arbres ne se limite pas à observer les fleurs de cerisiers.
La tradition remonte à l’époque de Heian, lorsque des aristocrates se rendaient en montagne pour admirer les feuillages, composer des poèmes et écouter de la musique. Selon l’Office national du tourisme japonais, cette coutume s’est ensuite répandue dans la population.
Aujourd’hui encore, on se déplace pour admirer les érables rouges, un peu comme les Québécois qui vont en randonnée dans les Laurentides.
Pourquoi les feuilles tombent-elles?
Toute cette beauté cache un travail très pratique. Avant de se séparer de ses feuilles, l’arbre en récupère une partie des substances utiles, dont des éléments nutritifs qu’il pourra conserver dans ses tissus vivants. Une zone de séparation se forme à la base du pétiole, cette petite tige qui relie la feuille à la branche. Quand le lien s’affaiblit suffisamment, la feuille tombe.
Pour un arbre à feuilles caduques, passer l’hiver sans son grand feuillage permet notamment de limiter les pertes d’eau, alors que le sol froid ou gelé rend son absorption difficile. Il réduit aussi la surface où la neige et la glace pourraient s’accumuler. Les conifères persistants, eux, traversent l’hiver avec d’autres adaptations.
La feuille qui arrive au sol n’est pas devenue inutile. Elle nourrit la vie du sous-bois, abrite de petits organismes et finit par enrichir la matière organique du sol. C’est une bonne raisons de ne pas tout ramasser avant l’hiver. Le gouvernement du Québec recommande d’ailleurs l’utilisation de feuilles mortes comme paillis.
Pas besoin d’aller bien loin pour voir les couleurs
Les montagnes offrent évidemment des panoramas magnifiques, mais une petite forêt urbaine peut être tout aussi séduisante. Dans cette promenade au bois Papineau, à Laval, il était justement question du bonheur de retrouver le bruit du vent dans les feuilles, l’odeur du sous-bois et un peu de solitude au milieu de la ville. En automne, le tapis de feuilles ajoute encore à l’impression d’être ailleurs.
Si vous cherchez plutôt l’apogée des couleurs dans une région précise, la carte automnale de Bonjour Québec permet de suivre leur évolution. C’est plus fiable que de décréter que tous les érables seront rouges le deuxième samedi d’octobre.
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