La liposuccion semble être une solution miracle. Mais comment est-ce que le corps réagit?
Certaines interventions ne touchent pas aux rides, seulement à nos complexes en bikini. La liposuccion appartient à cette catégorie. Et même si la liposuccion semble être la petite intervention sans risque qui existe depuis Mathusalem, est-ce que c’est vraiment le cas?
Un marché mondial du corps sculpté
La chirurgie esthétique n’est plus un phénomène marginal depuis longtemps. Elle est devenue une économie globale du corps modifiable. Ozempic, implants fessiers, lipofilling et liposuccion ne sont désormais que des petites cases à cocher dans la grande carte des options de modifications.
Il y a une offre et une demande. Chaque année, on compte plus de 30 millions de procédures esthétiques dans le monde, un chiffre en croissance constante. Et la liposuccion reste parmi les interventions chirurgicales les plus pratiquées, avec plusieurs millions de cas annuels.
Le profil des patients raconte notre époque : environ 85 % sont des femmes, et la demande se concentre majoritairement entre 18 et 34 ans. Aujourd’hui, la chirurgie n’est plus une solution en fin de parcours pour arrêter le temps, mais parfois un point de départ esthétique pour changer de vie.
Et derrière cette normalisation, on trouve un marché du “body contouring” évalué à plusieurs milliards de dollars. Il est porté par une promesse simple : rendre le corps plus conforme à celui que l’on souhaite. Bref, alors que leurs grands-mères réclamaient des robes aux fées marraines, les jeunes d’aujourd’hui réclament des formes aux chirurgiens.
Ce qu’on demande à la liposuccion
La liposuccion seule ne cherche pas à transformer un corps. Elle cherche à corriger ses résistances. Ventre, hanches, cuisses, fesses, bras, dos, ce que les clientes demandent, ce n’est pas une perte de poids globale, mais une correction bien précise. Elles veulent, pour 1 500$ à 5 000$ la zone, s’occuper pour de bon des parties du corps qui ne répondent ni au sport ni aux régimes.
Mais tout ça vient avec des risques dont on n’entend pas souvent parler.
Ce que la liposuccion fait aux cellules graisseuses (et les risques)
La liposuccion retire des cellules graisseuses dans des zones ciblées. Elle réduit donc la capacité locale de stockage.
Mais cette précision a un prix, voire plusieurs, et c’est sans parler du coût en argent. Le premier prix à payer est celui de la chirurgie en tant que telle.
Les documents de consentement des cliniques rappellent systématiquement les risques : infections, asymétries, irrégularités de contour, embolies graisseuses rares mais graves… Mais le plus grand risque est peut-être culturel : croire qu’un corps peut être modelé à volonté de manière inoffensive et définitive.
C’est une vraie intervention, avec tout ce que ce mot implique. Et c’est bien de le savoir avant d’arriver à la clinique.
Comment le corps gère les excès
Le corps humain n’a aucune relation avec l’idée de “correction esthétique”. Il ne travaille pas sur des zones, ni sur des formes, ni sur des intentions. Il gère l’énergie.
Alors que la liposuccion agit sur ce que l’on voit, le corps, lui, continue de fonctionner malgré l’inconvénient qu’elle représente. Lorsque l’excès énergétique persiste, l’organisme poursuit inlassablement son travail. Il stocke dans les tissus qui sont encore disponibles et adapte ses réserves.
Le corps n’a pas de notion de beauté. Il ne veut pas être mannequin. Il ne veut pas être populaire et rapporter des profits sur les plateformes numériques. Il veut simplement assurer un bon roulement du système qui protège la vie et place ses priorités en conséquences.
Quand trop d’énergie est ingérée, il s’occupe d’abord de l’énergie qui est immédiatement utile, ensuite celle qui peut être stockée tout près, puis entrepose celle qui servira de réserve durable. Il ne sait pas en quel millénaire on est, ni ne se soucie de la situation économique. Il se protège de la disette.
Le stockage des graisses ne répond donc pas à une logique de beauté. Il répond à une logique d’efficacité biologique. Et dans ce système, l’esthétique n’est jamais une variable.
Après une liposuccion, le corps ne réapprend rien.
S’il continue de recevoir des excès caloriques, le corps cherche donc à les stocker. Et malheureusement, si les cellules disponibles ne suffisent plus en surface, il l’accumulera en graisse viscérale.
Est-ce que c’est dangereux? Ça dépend.
Certaines études montrent que si une personne reprend du poids après une liposuccion, le gras peut davantage se redistribuer vers des zones plus profondes ou vers les organes, ce qui n’est pas idéal. On parle d’une augmentation de 10% de graisse viscérale chez certaines personnes. Mais les résultats varient beaucoup selon la génétique, les hormones et le mode de vie.
Et la graisse viscérale, c’est celle qui enveloppe les organes internes et augmente les risques de maladies chroniques.
C’est à cause de la graisse viscérale qu’une personne mince peut parfois avoir plus de risque cardiovasculaire qu’une personne plus ronde mais active et en santé. C’est ce qu’essaient de nous expliquer plusieurs militants contre la grossophobie depuis des années.
Heureusement, l’exercice fonctionne…
La liposuccion modifie seulement la surface, pas le système. Sans ajustement, le stockage énergétique continue, les cellules restantes peuvent grossir et la graisse peut devenir plus interne, donc moins visible mais plus problématique.
La graisse viscérale, en particulier, est associée à des risques métaboliques et cardiovasculaires plus élevés.
Heureusement, les études concernant l’augmentation du gras viscéral suite à une liposuccion confirment que l’exercice régulier est efficace pour contrer cet effet. Il serait donc bon qu’un maximum de gens qui y ont recours continuent de pratiquer un sport de manière régulière, même si les résultats sont déjà là.
C’est une solution esthétique efficace qui comporte sa part de risques. Comme tous les voeux à la fée marraine, il y a des conséquences à ne pas oublier avant de prendre sa décision.

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