C’est difficile de se limiter à dix événements marquants quand on parle du hockey au Québec. Le Québec n’est jamais aussi passionné que lorsqu’il est question de la Sainte-Flanelle. On reviendra peut-être éventuellement avec d’autres anecdotes sur Guy Lafleur, Jean Béliveau, ou les frères Kostitsyn, mais en attendant, voici dix événements qui ont marqué le hockey au Québec, et le Québec, de manière durable.
L’arrivée et le départ des Maroons : Francos VS Anglos
Avant que le Canadien devienne « le CH », Montréal avait deux équipes de la LNH : les Canadiens de Montréal et les Maroons de Montréal.

Les Canadiens avaient été fondés en 1909 et étaient rapidement devenus l’équipe la plus suivie par la population francophone. Les Maroons, eux, apparaissent en 1924 dans une ligue encore jeune, et s’adressent principalement à la communauté anglophone de Montréal.
La rivalité entre les deux équipes ne repose pas seulement sur le sport, mais aussi sur la réalité sociale de l’époque. Montréal est une ville profondément divisée sur le plan linguistique, économique et culturel, et le hockey devient un terrain où ces tensions se reflètent.
La Grande Dépression et des finances fragiles ont toutefois eu leur peau en 1938. À partir de ce moment, les Canadiens deviennent la seule franchise de la ville et progressivement, le point de ralliement de tout le monde.
L’émeute Maurice Richard au Forum (1955)
En mars 1955, Maurice Richard, dit le Rocket, reçoit un coup de bâton pendant une partie contre Boston qui le fait saigner abondamment. Fâché, il se venge en frappant son adversaire à son tour avec son bâton, puis le juge de ligne qui tente de l’arrêter.
Le président de la LNH de l’époque, Clarence Campbell, suspend Maurice Richard pour le reste de la saison et des séries éliminatoires.

Pour plusieurs Québécois francophones, cette décision dépasse largement le hockey. Maurice Richard n’est pas seulement une vedette sportive. Il est un symbole de fierté et d’émancipation pour les Canadiens-Français à une époque où les francophones ont peu de pouvoir dans les sphères dominantes.
Quand Campbell se présente au Forum de Montréal quelques jours plus tard, la situation explose. Les partisans lancent des objets sur lui et sur sa femme et une bombe artisanale explose sur la glace, forçant l’évacuation du Forum. L’émeute se poursuit alors dans les rues de Montréal et est perçue par beaucoup comme un point tournant qui a mené à la Révolution tranquille.
Maurice Richard devient alors une figure mythique. Il est aimé jusqu’à la fin de sa vie, non seulement pour ses exploits, mais pour ce qu’il représente dans l’imaginaire collectif québécois. Lors de son hommage au Forum en 1996, la foule lui offre une ovation de sept minutes d’une intensité rare, où tout le monde est debout autour d’un Maurice Richard ému.
Jacques Plante révolutionne l’équipement

Pendant une grande partie de l’histoire de la LNH, les joueurs jouaient sans casque, même les gardiens de but. Ce serait impensable aujourd’hui. Ces gardiens affrontaient des tirs frappés sans aucune protection alors, évidemment, les blessures au visage et à la tête étaient fréquentes. Elles étaient même acceptées comme faisant partie du métier.
D’ailleurs, pendant la saison 1957-1958, les Canadiens ont eu tellement de blessures que Maurice Richard, Bernard Geoffrion et Jean Béliveau ont manqué un total de 85 parties.
Le tournant majeur est arrivé avec Jacques Plante. Entre 1957 et 1959, il a tenté de convaincre son coach de la nécessité de porter un masque quand on est gardien, mais sans succès. C’est en 1959, après s’être fait casser le nez pendant un match, qu’il donne un ultimatum à son entraîneur et obtient l’autorisation de le porter. Le masque deviendra progressivement incontournable, puis obligatoire beaucoup plus tard.
Cette évolution a profondément changé le hockey. Le jeu est devenu plus rapide, les tirs plus puissants, et la protection des joueurs est devenue nécessaire.
La bataille du Vendredi saint (1984)
Le 20 avril 1984, les Canadiens de Montréal affrontent les Nordiques de Québec dans une série déjà extrêmement tendue.
Le match dégénère complètement.
On retrouve notamment Dale Hunter, Louis Sleigher, Chris Nilan, Mario Tremblay et Peter Stastny au cœur des altercations. Une première bagarre générale éclate à la fin de la deuxième période. Les arbitres expulsent plusieurs joueurs, mais au retour sur la glace, une deuxième bagarre éclate immédiatement.
Le chaos est total. Les joueurs traversent la patinoire pour continuer de se battre. Le match devient instantanément une référence absolue de la rivalité Canadiens–Nordiques. Vous pouvez regarder des extraits de cette violence légendaire, commentés par la légende qu’est René Lecavalier, ici.
Le but d’Alain Côté (1987)
« Il était bon, le but d’Alain Côté. »
Il faut être très jeune, ou né ailleurs qu’au Québec pour ne jamais avoir entendu cette phrase. Pour la petite histoire, lors du septième match entre les Nordiques et les Canadiens des séries éliminatoires de 1987, un but d’Alain Côté avait été refusé par les officiels. Par l’arbitre Kerry Fraser, pour être plus précis. C’était un but important. Et Kerry Fraser a eu tellement de problèmes avec ce but qu’il en parle encore.
Les images et les reprises télé ont immédiatement alimenté la controverse. Encore aujourd’hui, plusieurs partisans des Nordiques sont convaincus que la rondelle avait franchi la ligne. Et Alain Côté, Michel Bergeron et Kerry Fraser se rencontrent pour en parler à l’occasion.
Patrick Roy, 1993 et la dernière Coupe Stanley canadienne

En 1993, le Canadien de Montréal remporte la Coupe Stanley contre les Kings de Los Angeles de Wayne Gretzky.
Le gardien Patrick Roy, si talentueux qu’il est surnommé The Wall, est au centre de cette victoire. Il enchaîne les performances spectaculaires, puis marque l’imaginaire avec son fameux clin d’œil à Tomas Sandström après un arrêt grandiose.
Cette Coupe Stanley est aussi historique pour une autre raison. C’est la dernière coupe Stanley remportée par une équipe canadienne.
La vente des Nordiques et leur départ (1995)
Le départ des Nordiques de Québec vers le Colorado demeure l’une des plus grandes blessures sportives du Québec. La rivalité Québec-Montréal était tellement savoureuse. Toronto et Boston ne font que pâle figure en comparaison.
Malheureusement, après avoir connu des difficultés financières, l’équipe qui était en reconstruction depuis plusieurs années a été vendue puis déménagée en 1995 pour devenir l’Avalanche du Colorado. Juste avant de changer de logo. L’équipe était bien reconstruite puisque dès l’année suivante, elle a remporté la Coupe Stanley.
Pour plusieurs partisans, ce départ reste un traumatisme. Le retour des Nordiques est encore aujourd’hui un sujet chargé d’émotion et plusieurs personnes, dont nous, considèrent que Québec mérite son équipe et que Gary Bettman devrait le comprendre (ou s’en aller).
Kovalev s’en va : les partisans manifestent
Alex Kovalev était une légende. L’artiste, comme on aimait bien l’appeler, inspirait tout le monde. Les enfants dans les ruelles de Montréal s’obstinaient à savoir qui allait être Kovalev parmi eux. Il était rapide, il marquait des buts et il patinait comme un patineur artistique. Quand il a quitté Montréal en 2009, suite à une confusion avec son agent quant à son contrat, des partisans ont eu tant de peine qu’ils ont organisé une manifestation.
Le geste peut sembler disproportionné, mais il reflète le lien particulier entre Kovalev et les fans du Canadien. Son talent et son style unique avaient créé une relation très particulière avec le public montréalais.
Chara blesse Pacioretty
Un des événements qui a le plus mis tous les partisans du Canadien en furie est arrivé le 8 mars 2011. C’est quand Zdeno Chara a projeté Max Pacioretty contre la baie vitrée du Centre Bell.
Les partisans détestaient déjà Boston. Des grands joueurs étaient agressifs, Brad Marchand était arrogant et ils étaient bien bons.
Mais ce jour-là, dans une scène d’une violence telle que nous avons décidé de ne pas la partager ici, Zdeno Chara a plaqué Max Pacioretty en le traînant sur la bande jusqu’au coin de la prochaine baie vitrée. Pacioretty a alors subi une fracture d’une vertèbre cervicale et une commotion cérébrale.
L’incident choque tout le Québec et relance le débat sur la violence dans le hockey. La décision de la LNH de ne pas suspendre Chara a créé une forte controverse à Montréal et plusieurs partisans sont allés jusqu’à demander son arrestation par la police.
Les séries de la pandémie
Les séries éliminatoires de 2021 sont parmi les plus étranges de l’histoire du hockey.
À cause de la pandémie de COVID-19, les matchs se jouaient sans foule ou avec des gradins remplis de silhouettes de carton. En plus, la finale s’est jouée en plein mois de juillet.
Cette année-là, les Canadiens de Montréal se sont rendus en finale de la Coupe Stanley contre le Lightning de Tampa Bay. L’euphorie mélangée à l’ambiance de pandémie aura été très particulière pour ceux qui l’ont vécue.
En bonus : Les séries de 2026
Il est encore trop tôt pour en faire une légende officielle, mais les séries de 2026 sont déjà incroyables. Entre Dobeš qui sourit pendant que la foule l’acclame en plein match et les équipes adverses qui se plaignent de la passion des fans montréalais, ces séries éliminatoires devraient passer à l’histoire.
Espérons que cette passion pour le hockey continuera d’animer les Québécois encore longtemps, parce que le Québec n’est jamais plus beau que quand il fait la vague de Gaspé à Gatineau.

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