Les costumiers font souvent toute la différence entre un artiste talentueux et un artiste légendaire, ou un bon film et un film de génie. En voici plusieurs dont on ne parle pas assez souvent et qui ont laissé leur marque.
On mentionne souvent des réalisateurs, des acteurs ou des musiciens lorsqu’on évoque les grandes œuvres qui ont marqué l’histoire. Pourtant, derrière plusieurs des images les plus iconiques de la culture populaire se cachent des costumiers dont le nom demeure relativement méconnu du grand public.
Un grand costume ne sert pas seulement à habiller un personnage. Il raconte une histoire, révèle une personnalité et contribue parfois à créer une silhouette si forte qu’elle devient instantanément reconnaissable. Voici quelques créateurs dont le travail a laissé une empreinte durable sur le cinéma, la musique et l’imaginaire collectif.
Milena Canonero

C’est peut-être Malcolm MacDowell qui a apporté son équipement de cricket sur le plateau de l’Orange Mécanique, mais c’est Milena Canonero qui l’a rendu iconique, avec son faux-cil, son chapeau melon, sa canne et la coquille à l’extérieur (réclamée par Kubrick lui-même).
Cette collaboration avec Kubrick n’était pourtant que le début d’une carrière exceptionnelle. Au fil des décennies, elle a conçu les costumes de films aussi marquants que Marie Antoinette, La Vie aquatique, Dick Tracy ou encore The Grand Budapest Hotel. Son talent lui a valu plusieurs Oscars et une réputation enviable auprès des plus grands réalisateurs de son époque.
Elle a également gagné quatre Oscars pour son travail au cinéma. C’est une grande dame qui, heureusement, n’a pas fini de nous impressionner.
Kansai Yamamoto

Au début des années 1970, David Bowie cherche une nouvelle façon d’incarner ses personnages sur scène. Il comprend rapidement qu’un costume peut être aussi important qu’une chanson lorsqu’il s’agit de construire une identité artistique.
C’est alors qu’il découvre le travail du designer japonais Kansai Yamamoto. Inspiré à la fois du théâtre kabuki, de la culture samouraï et d’une vision futuriste du Japon, Yamamoto propose une mode spectaculaire qui ne ressemble à rien de ce qui existe alors en Occident.
La rencontre entre les deux hommes donnera naissance à certains des costumes les plus mémorables de l’histoire du rock. Les tenues extravagantes de l’ère Ziggy Stardust ont contribué à redéfinir les frontières entre la musique, la mode et la performance scénique.
La collaboration qui a suivi est mythique et aujourd’hui encore, plusieurs de ces créations semblent provenir d’un futur qui n’est jamais arrivé.
William Travilla

Certaines robes sont jolies. D’autres entrent dans la légende.
La robe blanche portée par Marilyn Monroe dans The Seven Year Itch appartient sans contredit à la seconde catégorie. Avec son tissu plissé et son célèbre mouvement provoqué par l’air provenant d’une grille de métro, elle est devenue l’une des images les plus reproduites de l’histoire du cinéma.
Derrière cette création se trouvait William Travilla, le costumier qui a façonné une grande partie de l’image glamour de Marilyn Monroe.
On lui doit notamment la robe rose de Gentlemen Prefer Blondes, plusieurs tenues de How to Marry a Millionaire ainsi que de nombreux costumes de There’s No Business Like Show Business.
Travilla avait compris mieux que quiconque comment utiliser le vêtement pour amplifier le charisme déjà exceptionnel de son actrice vedette.
Jean-Paul Gaultier

Jean-Paul Gaultier sait depuis longtemps que la haute couture peut servir la narration et qu’une pièce iconique vaut mieux que tout l’or du monde. Il l’a démontré maintes fois, avec sa marinière, par exemple, ou en habillant Madonna.
Son travail sur Le Cinquième Élément de Luc Besson demeure également un exemple fascinant de conception de costumes. Les vêtements qu’il a imaginés pour le futur déjanté du film contribuent autant à l’identité visuelle de l’œuvre que les décors ou les effets spéciaux.
Gaultier possède cette rare capacité à créer des vêtements qui semblent à la fois extravagants et parfaitement naturels dans l’univers qu’ils habitent. C’est pour cette raison que même plusieurs décennies plus tard, ses créations pour le film continuent d’influencer la mode, le cosplay et le design de costumes de science-fiction.
Ille Sievers

Le costume de Willy Wonka est l’un de ces rares exemples où une silhouette traverse les générations sans perdre de sa magie.
Derrière cette création se trouvait la costumière allemande Ille Sievers, qui a également travaillé sur Cabaret. Pour Willy Wonka and the Chocolate Factory, elle a conçu une tenue élégante et légèrement excentrique qui reflète parfaitement le caractère mystérieux du personnage.
L’histoire est d’autant plus intéressante que Gene Wilder lui-même a participé au processus créatif, proposant plusieurs ajustements afin que le costume corresponde davantage à sa vision du personnage.
Le résultat est devenu l’une des apparences les plus reconnaissables de toute la culture populaire.
Vivienne Westwood et Malcolm McLaren

Il est impossible d’évoquer les costumes qui ont transformé des artistes en icônes sans parler de Vivienne Westwood et Malcolm McLaren.
À travers leur boutique londonienne et leur implication dans la scène punk naissante, ils ont contribué à définir l’esthétique des Sex Pistols et de tout un mouvement culturel. Les vêtements déchirés, les épingles de sûreté, les slogans provocateurs et les références détournées sont devenus les symboles visuels d’une révolte générationnelle.
Leur influence dépasse largement le cadre de la musique. Ils ont changé la façon dont la mode pouvait servir de déclaration politique et culturelle.
Edith Head

Celle-ci, vous la connaissez peut-être déjà sans le savoir. Edith Head, c’est aussi Edna Mode dans la série Les Indestructibles.
Au cours d’une carrière s’étendant sur plusieurs décennies, elle a travaillé sur des centaines de productions hollywoodiennes et remporté un nombre record d’Oscars pour son travail. Pour vous donner une idée, c’est elle qui a habillé Grace Kelly et Audrey Hepburn (sauf bien sûr pour ce qui est de la petite robe noire signée Givenchy).
On retrouve sa signature dans des classiques comme Rear Window, Roman Holiday ou encore The Sting. Son approche reposait moins sur l’excentricité que sur une compréhension remarquable des personnages et des acteurs qu’elle habillait.
Son influence est telle que son apparence et sa personnalité ont inspiré plusieurs créateurs après elle, au point de devenir une véritable légende d’Hollywood.
Albert Wolsky

Peu de films ont laissé une empreinte aussi durable sur l’imaginaire populaire que Grease. Plus de quarante ans après sa sortie, les silhouettes de Danny Zuko et Sandy Olsson demeurent instantanément reconnaissables.
Cette réussite doit beaucoup au travail du costumier Albert Wolsky, qui a su recréer une version idéalisée de l’Amérique des années 1950. Les blousons de cuir des T-Birds, les vestes roses des Pink Ladies et les robes colorées des scènes de groupe ont contribué à définir l’identité visuelle du film.
Mais c’est surtout la transformation finale de Sandy qui est entrée dans la légende. Le pantalon noir moulant, les talons rouges et le perfecto de cuir portés par Olivia Newton-John sont devenus l’un des costumes les plus emblématiques de l’histoire du cinéma musical.
Comme les meilleurs costumes, ceux de Grease ne servent pas uniquement à habiller les personnages. Ils racontent leur évolution, leur appartenance à un groupe et leur désir d’être vus d’une certaine façon. Plus de quatre décennies plus tard, ils continuent d’être reproduits lors de fêtes costumées, de spectacles et d’Halloween partout dans le monde.
Colleen Atwood

Parmi les grands noms contemporains du costume, Colleen Atwood occupe une place à part.
Collaboratrice régulière de Tim Burton, elle a conçu les costumes de films comme Edward Scissorhands, Sleepy Hollow, Alice in Wonderland et plusieurs autres œuvres marquées par une forte identité visuelle.
Son talent réside dans sa capacité à créer des vêtements qui semblent provenir d’un autre monde tout en restant profondément attachés à la psychologie des personnages.
Comme les plus grands costumiers avant elle, elle ne se contente pas d’habiller les acteurs : elle participe à la construction de leur univers.
Quand un costume devient immortel
Il existe un point commun entre plusieurs des personnages évoqués ici. Alex DeLarge, Ziggy Stardust, Marilyn Monroe, Willy Wonka ou Sid Vicious peuvent tous être reconnus simplement à leur silhouette.
C’est probablement le test ultime d’un costume réussi. Lorsqu’une simple ombre suffit à identifier un personnage, le vêtement a cessé d’être un accessoire pour devenir une partie intégrante de la légende.
Et si l’on se souvient encore de ces images des décennies plus tard, c’est en grande partie grâce aux créateurs qui les ont imaginées.
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