Société

Lettre de haine à Montréal

Montréal n’est pas une femme. N’en déplaise à Jean-Pierre Ferland. Et je n’y reviendrai pas. Robert Charlebois non plus. Tout ce que je suis sur le point de dire à son sujet, je le dis pour son bien.

Je n’avais jamais trop compris l’attrait de Montréal avant d’y mettre les pieds. Native de l’est du Québec, là où les montagnes rejoignent la mer et où les animaux sont les bienvenus, je ne comprenais pas que les gens s’y plaisent. C’était, d’après les gens des régions, un endroit plein d’autos où tout allait beaucoup trop vite. Une ville laide aussi.

Quand j’y suis arrivée pour travailler, parce que là où rien ne va vite, les emplois se font rares, on me vantait ses escaliers en colimaçon, ses soirées folles et la vie dans ses ruelles. On me parlait des tams-tams et des friperies, des grosses madames dignes des belles-soeurs de Michel Tremblay, assises sur leurs chaises pliantes à regarder les feux d’artifices dans Hochelaga. Au début j’allais m’asseoir avec elles pour montrer la vie à ma fille. Mais éventuellement les madames ont disparu. Remplacées par d’autres madames, plus aigries.

Décadence VS déchéance

En 1990, Jean Leloup chantait : « C’est la décadence, la décade où l’on danse ». On était encore à l’âge d’or de Montréal. Les gens de Québec venaient y fêter la Saint-Jean le 24 pour les récompenser d’être venus à Québec la fêter le 23. Ou peut-être était-ce l’inverse. Tout ça est un peu flou.

On allait fumer des joints illégaux aux tams-tams. Parfois on achetait des pantalons dans une friperie dont la propriétaire était aussi designer et couturière. Elle nous faisait des pantalons en tissu de rideaux. C’était magnifique.

D’autres fois on croisait des péruviens avec des sacs qui servaient aussi d’oreillers quand on prenait l’autobus.

Les apparts étaient amochés. C’était de bon ton, quand on était une quinzaine à regarder le hockey dans un quatre et demi, de laisser des balles rouler sur le plancher à 25 degrés. Bref, comme mon père disait : « Il faisait chaud, ça puait et on était bien ».

Un taudis bien maquillé, une nature détestée

Il faut dire que tout ce bon plaisir maquillait des choses qu’on n’avait pas besoin de voir. Le fait que notre quartier avait été bâti pour des ouvriers d’usines qui n’avaient aucune envie d’y vivre, par exemple.

Dans mon premier appartement, il ventait dans la salle de bain. Quelqu’un m’avait expliqué que c’était un des appartements qui avaient été construits pour héberger les employés de l’usine de Rosemont et qui n’avaient pas de salle bain au départ. Elle avait été construite à la va-vite par la suite. Pour faire plus de profit.

Aussi, la ville a été bâtie sur des milieux humides et des rivières. Au nom du progrès, les ruisseaux et les rivières comme la rivière Saint-Pierre ont été enfouis sous le béton. Une base solide, sans aucun doute.

Mais malgré les trous et les faces de carême, il faut bien travailler. C’est souvent pour ça qu’on reste à Montréal.

Ferrandez le contrôlant

Puis, dans cette ville que je n’aimais déjà qu’à moitié est arrivé Luc Ferrandez dit le contrôlant. Grâce à lui et à sa haine des autos, j’ai fini par quitter la ville. Pas parce que j’avais une auto, mais parce que tout était devenu triste.

Pourquoi? Parce que Luc Ferrandez changeait toutes les rues de sens et bloquait les accès. Selon lui : «Il faut rendre la vie difficile aux automobilistes».

Mon boulanger, Patrick, a fermé sa boulangerie sur Laurier et est retourné en France. Ma bijoutière parisienne qui ressemblait à deux gouttes d’eau à Catherine Ringer a dû fermer sa petite boutique à cause du prix des loyers.

Les loyers, ce n’est pas seulement à cause de Ferrandez, me direz-vous. Non, c’est aussi à cause des taxes issues de la corruption galopante à l’hôtel de ville qui date de Gérald Tremblay. Peut-être même d’avant. On ne sait pas parce que tous les maires font semblant de ne rien voir.

J’ai éventuellement quitté la ville, parce que sans intérêt social ou culturel, mieux vaut le confort et la nature de la banlieue. J’ai dû m’acheter une auto.

Le cas de l’école de mon fils

Aujourd’hui, je ne vais à Montréal que pour l’éducation de mes enfants. Récemment, l’école de mon fils s’est retrouvée entourée de chantiers de construction. Son école est dangereuse d’accès à pied, en autobus, à vélo et en auto.

Les gens s’obstinent sur Reddit pour trouver qui est le méchant responsable entre les chauffards et les cyclistes. La vérité, c’est que tout a été mal planifié. Pas étonnant sachant que la nouvelle mairesse nous dit que personne de l’ancienne administration n’a pensé à commander de camion à nid-de-poule.

Toujours est-il qu’à ce coin de rue précis, la ville construit, en même temps, un pont, un trottoir, une piste cyclable, une zone que je ne m’explique pas devant la garderie et une autre chose qu’on ne voit pas encore parce que le chantier n’avance pas. Toutes les rues sont bloquées et la ville ne répond à personne.

Je passe désormais 15 minutes par jour à Montréal, et ce sont systématiquement les 15 pires minutes de ma journée. Je ne vais même plus à la Ronde.

Mais rends-toi utile, bon sang!

Certains me diront, et c’est le bon réflexe, qu’au lieu de me plaindre ici, je devrais mettre la main à la pâte. Mais voyez-vous, je suis arrivée ici il y a 22 ans, pleine d’avenir, avec un talent en écriture et une excellente culture générale, mais on ne perce pas à Montréal, quand on a étudié en communication.

On devient coordonnatrice ou assistante. Contrairement à New York, où tout est possible, il faut avoir des parents dans la business à Montréal. Et voler les idées des autres, accessoirement.

Bref, je n’aime pas Montréal et si ce n’était de ce Montréalais que j’aime et qui gagne trop d’argent pour la quitter, je n’y remettrais jamais les pieds.


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