Ce qu’il y a de bien avec les super-héros, c’est qu’ils nous font rêver. Mais le fait est que leurs créateurs les font souvent évoluer dans un univers binaire où les nuances ne sont pas toujours au rendez-vous.
Celui dont je vais vous parler en est un autres. À la différence que ses concepteurs ont décidé de forcer le trait, jusqu’à en faire un assemblage de clichés poussés jusqu’à l’absurde. Et j’ai nommé: Superdupont.
Les origines
Créé par Marcel Gotlib et Jacques Lob, il paraît pour la première fois dans le journal Pilote en 1972. Gotlib le dessinera au début, mais il abandonnera peu après, ayant rompu avec le journal pour aller en cofonder un autre (L’Écho des Savanes), mais aussi parce qu’il s’estimait incapable de bien dessiner des décors.
Ce sera donc Dominique Vallet – alias Alexis, puis Jean Solé qui seront aux crayons, Gotlib demeurant co-scénariste avec Lob. Le personnage sera le fleuron du magazine Fluide Glacial, où ses aventures seront publiées jusqu’en 1985. Il paraîtra dans le magazine Fluide Glacial dès sa parution et fera l’objet de 8 albums publiés aux éditions du même nom.
Un super-héros bien français…
Sa première aventure, où il vient à l’aide du magnat de la nouille française face aux produits étrangers (À la rescousse de Félix Potin), donne déjà le ton à l’épopée du « premier super-héros 100% français ».
Il s’agit en effet d’un personnage dont le chauvinisme est tellement poussé qu’on ne peut s’empêcher de sourire aux situations extrêmes où ses créateurs le plongent.
Fils du Soldat Inconnu (sic), il dispose de super pouvoirs lui permettant de contrer les plans de l’Anti-France. un mélange caricatural de société sectaire et d’organisation terroriste. Et dont les membres parlent un charabia où on peut retrouver au moins 5 langues dans une seule phrase!
Le rôle de cette « organisation » est de s’en prendre à tout ce qui fait la réputation de la France: le vin, la tour Eiffel, le camembert, le système métrique…
De l’encre française, S.V.P.
Sa panoplie tout aussi caricaturale (béret, charentaises, maillot de corps, ceinture de flanelle tricolore retenue par une épingle à nourrice – invention française, le tout complété d’une cape bleue) pousse l’ironie encore plus loin. Au point qu’il refusera d’être dessiné avec de l’encre de Chine!
De même, il fume 5 paquets de Gauloises par jour afin d’apporter sa contribution à la Régie française des tabacs. Mais il les « fume » éteintes pour ne pas contrevenir à la campagne anti-tabac du ministère de la Santé…
Et que serait un super-héros sans sa « kryptonite »? Dans son cas, il se verra privé de ses pouvoirs s’il est exposé à une mauvaise exécution de La Marseillaise. Et s’il est enfermé dans une pièce tapissée bleu-blanc-rouge, il sera incapable de s’en échapper, ne pouvant s’en prendre aux « trois couleurs sacrées ».
De l’humour à la récupération
On voit que Superdupont s’avère être – un peu comme Astérix – une immense satire de l’ »esprit français » et de la tendance à mettre les problèmes de la France sur le dos des étrangers. Et à mon avis, les emprunts à Superman et le réalisme du dessin renforcent encore cette impression: à cet égard, l’épisode Opération Camembert est très révélateur de cet état d’esprit.
Cela n’empêchera pourtant pas Jean-Marie Le Pen et le Front National – et plus tard Alain Soral – de le récupérer à des fins politiques, ces gens n’ayant visiblement pas saisi le second degré pourtant évident de la série. Devant ce résultat, Gotlib préférera tout arrêter au milieu des années 90. Il ne sera repris qu’en 2008.
Un invité de marque
Mais la série fera aussi l’objet de collaborations aussi surprenantes que réjouissantes. Ainsi, une de ses aventures sera illustrée par nul autre que Neal Adams, dessinateur de Superman et de Batman entre autres. Intitulé Dans les vignes du Président, l’épisode paraîtra dans le numéro 80 de Fluide Glacial en février 1983.
Cette même année, une comédie musicale, Superdupont: ze show!, sera présentée au théâtre de l’Odéon par la troupe du Grand Magic Circus, et mise en scène par Jérôme Savary. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’adaptation respecte bien l’esprit de l’original dessiné.
Et voilà mon effort pour faire connaître un personnage de BD qui a vraiment marqué son médium. Parfois compris de travers, mais dont on ne peut rester insensible à l’humour évident. Je vous retrouverai bientôt pour un autre article.
Journaliste et mélomane, Gilles Tremblay s’intéresse aux humains d’exception et à leurs travers. Il en parle sur Temps Libre avec beaucoup d’enthousiasme et de passion.


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