C’est une question qui revient souvent. Est-ce que nos enfants passent trop de temps devant leurs écrans? Aujourd’hui j’ai envie de répondre : et vous? Vous êtes-vous regardés?
La question du temps d’écran revient sans arrêt dans les chaumières et dans les journaux. Les politiciens en parlent souvent. Le téléphone a été interdit dans les écoles. On fait même des publicités pour des cadeaux de Noël en disant : « Avec ce jouet, vos enfants passeront moins de temps devant les écrans ». C’est donc souhaitable, non?
Vous le savez, les enfants le savent, les professeurs le savent et tout le monde le sait. Mais c’est si pratique. C’est si divertissant. Et puis ils n’y sont pas si souvent que ça, dans le fond, ils vont aussi à la piscine une fois par semaine.
Alors avant d’aller plus loin, commençons donc par le début. C’est quoi trop de temps devant un écran?
C’est quoi trop de temps d’écran ?
Pour les enfants de moins de deux ans, c’est assez simple. Tout temps d’écran est trop de temps d’écran. J’en avais parlé dans un article intitulé L’effet des écrans sur les bébés.
À cette époque on ne savait pas exactement quel effet les écrans auraient sur le reste de la population. Dix ans plus tard, on sait que les conséquences sont bien réelles, quel que soit votre âge.
Chez les enfants de 2 à 5 ans, on recommande désormais moins d’une heure par jour.
Pour ce qui est des 6 à 12 ans, on recommande un maximum de deux heures de loisirs et ces loisirs doivent être éducatifs.
Chez les 13 ans et plus, on ne recommande plus de temps d’écran, mais on sait que trois heures d’écran, c’est beaucoup.
On sait aussi que trop de temps d’écran a un impact sur :
- La vision
- Le sommeil
- Les habitudes de vie
- La capacité d’apprentissage
- La santé psychologique
Pour donner une idée de la situation, 37% des adultes du Québec passent plus de 4 heures par jour sur un écran. Un autre 35% des adultes affirme en passer de 2 à 4. Et tout ce beau monde sait très bien que c’est probablement beaucoup plus. Les statistiques récentes parlent plutôt de 6h à 7h30 d’écran par jour.
Selon certaines estimations, on parle plutôt, par âge, de ceci :
- 16‑24 ans : 7 h 30 / jour
- 25‑34 ans : 7 h 00 / jour
- 35‑44 ans : 6 h 30 / jour
- 45‑54 ans et plus : 5 h / jour
Des pionniers
Il faut dire que les enfants et adolescents d’aujourd’hui ont été les premiers à voir des parents complètement absorbés par leur téléphone. Ils nous regardent dès le plus jeune âge fixer un appareil en silence, sans expression.
Les adultes d’aujourd’hui sont vraiment étranges. Même nos animaux de compagnie doivent se demander si on a un problème.
Mais qu’est-ce qu’on y fait dans le fond? Au début on regarde les réactions à nos publications. Puis on regarde les publications des autres. On paie les factures. On écrit aux collègues. Les collègues nous répondent. On rigole. On dit aux collègues qu’on a rigolé. C’est un fil sans fin.
Mais pour nos jeunes enfants, pendant longtemps, on regardait seulement une galette. Ils ne savaient pas ce qu’on y faisait. Les bébés ne comprennent pas tout ça.
Avec ma mère, j’allais à la banque, à l’épicerie, on allait à la librairie, elle achetait le journal. Je prenais ensuite le journal et je faisais les mots cachés. Mes doigts étaient sales. J’apprenais que c’était une histoire d’imprimerie. Aujourd’hui, rien de tout cela n’arrive jusqu’aux enfants. On peut faire tout ça les yeux rivés sur un écran. On paie les factures et on commande l’épicerie. « Attends un peu chéri, maman a presque fini ».
Et maman (ou papa) retourne s’occuper de ses affaires en fixant sa galette de plastique.
L’expérience du visage figé
En 1975, Edward Tronick, un psychologue et chercheur américain spécialisé dans le développement de l’enfant a mené une expérience qu’il a appelée le Still Face Experiment, ou l’expérience du visage figé.
Le but de son expérience était d’observer la relation entre un nourrisson et sa figure d’attachement. Le déroulement de l’expérience était bref, mais très efficace.
D’abord, la mère jouait normalement avec son bébé. Comme une mère fait, avec des sourires, des petits mots gentils, des échanges de regards. Le bébé répondait en miroir : rires, babillages, petits gestes, pointages enthousiastes.
Brusquement, la mère est devenue une statue : aucune expression, aucune réaction. Le bébé a immédiatement remarqué le problème. Pour retrouver le contact avec sa mère, il s’est mis à sourire plus fort, agiter les bras, pleurer, crier. Puis, devant l’échec de toutes ses stratégies, il a détourné le regard, et affiché ce que Tronick a décrit comme « un visage replié sur lui-même, plein de désespoir ».
Heureusement, dès que la mère est revenue dans l’échange, tout s’est arrangé. N’empêche que rois minutes d’absence émotionnelle ont suffi pour décourager un bébé visiblement heureux.
Vous pouvez voir l’expérience ici.
Vous voyez où je veux en venir?
Cette expérience illustre que même les nourrissons ont besoin d’interaction avec leurs proches. C’est vrai aussi des enfants et, oui, des adolescents, même s’ils ont parfois des façons bien à eux de le montrer. C’est vrai pour les adultes, dont beaucoup en ont plein le dos de parler dans le vide. Bref, c’est vrai pour beaucoup de gens.
Chaque fois que je vois des parents au restaurant qui mangent avec leur enfant et ne le regardent pas une seule fois, ça me brise le coeur. Les jeunes ont besoin de la compagnie de leurs parents. De se sentir importants. Au moins plus important que des gens que nous ne connaissons pas, n’aimons pas vraiment et n’avons pas vu depuis 10 ans.
Overdose de communication
Dany Laferrière a dit, pendant l’émission de Patrick Masbourian, qu’on n’écoute plus ceux qui nous parlent parce qu’on est trop occupés à observer des gens qui ne s’adressent pas à nous.
Il a raison. Et on devrait tous probablement fermer les écrans plus souvent.


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